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Il y a 50 ans, le 10 février 1970, l'avalanche du Dôme s'engouffrait à 8h10 dans la salle du petit déjeuner de l'UCPA, faisant 39 victimes. Ici, à Val, on ne l'appelle pas "Avalanche de l'UCPA", mais l'avalanche de la "Grande Gorge". La pente située en adret en contrebas du Dôme est très large avant de se resserrer dans une gorge pour s'élargir très largement sur le bas. Une configuration bien connue par les experts, mais aussi les habitants des villages de montagne. Chaque année, La Grande Gorge déverse des coulées de neige qui, fort heureusement, n'ont plus rien à voir avec le passé. En janvier 2018, lors des très grosses chutes de neige de janvier, alors que l'on craignait le pire, cette gorge est quasiment restée muette. Les avalanches de 1970 et, plus tard, de 1989 au même endroit ont permis de prendre des décisions d'envergure pour sécuriser cette montagne. Arrivé parmi les premiers lors du drame du 10 février 1970, Jean Lou Costerg,enfant du Fornet, a été bercé par la crainte des coulées de neige dès sa plus tendre enfance. Pisteur dans les années 60, il devient ensuite moniteur au moment de l'avalanche avant d'être nommé plus tard directeur du Service des Pistes de la station. Si la première conséquence de l'avalanche de 70 a été la création de l'ANENA, dont l'Avalin Jean Lou Costerg a été vice-président, une autre des conséquences a été de sécuriser la pente du Dôme pour éviter de nouvelles catastrophes. Et l'affaire ne fut pas si simple, car à l'époque, les accès à cette pente étaient inconnus et les moyens mis en œuvre étaient empiriques : « Le phénomène des avalanches à Val d'Isère est récurent. Dans les années 1800, le Fornet d'Aval a été emporté et il ne reste que les fondations. Pour l'avalanche de 1970, les secours étaient très bien organisés. Le problème était dans la sécurisation des montagnes. Avant l'Anena, on connaissait les avalanches, mais pas comment y échapper ou les éviter » nous dit Jean Lou Costerg en rajoutant « Au début, on a fait des Banquettes. Ça consistait à faire des replats pour éviter la reptation de la neige ». Cela ressemble à des chemins rectilignes horizontaux qui traversent toute la pente de la montagne et qui cassent le manteau neigeux. On pensait que cela aurait été suffisant jusqu'au moment où les observateurs se sont aperçus que, lorsque la neige devenait suffisamment épaisse pour recouvrir ces reliefs, ces banquettes n'avaient plus d'utilité. « Alors, on a construit dans les années 70 des râteliers. Ils sont efficaces, ça évite de nombreux départs ». Mais cette solution a dû être revisitée. « Il y a eu une première étape sur l'aiguille du Front. En 1989, une avalanche est passée par la Grande Gorge. Elle était partie d'un peu plus bas que la ligne de râteliers construits au sommet. Donc une deuxième tranche de paravalanche a été faite avec 2 rangées de banquettes ». Et pour terminer cette sécurisation physique des pentes, des travaux de modelage de terrain ont été effectués. « On a fabriqué des cavaliers. Ce sont des bourrelets de terre qui permettent à l'avalanche de se déverser dedans. La Tourne est certainement le plus efficace, car on envoie l'avalanche sur des secteurs où il n'y a pas d'habitations. Il n'y a pas de tourne sur la montagne du Dôme, mais il y en a 2 belles au-dessus du Crêt et de la Daille. Il faut malgré tout les purger régulièrement".
Les pisteurs ont aussi depuis sans cesse améliorer les protocoles de déclenchements préventifs d'avalanches qui forment aujourd'hui une garantie tout aussi importante, sinon en certains secteurs plus importante encore, de sécurisation du domaine. Des dizaines d'aménagements en Catex ou en Gazex ont été construits et le sont encore régulièrement.
Pour l'anecdote, la construction des premiers râteliers avait exigé l'implantation en altitude et dans cette pente très raide de quelques refuges de fortune dans lesquels les ouvriers de l'époque mangeaient et dormaient le temps des travaux. Aujourd'hui, l'emploi de l'hélicoptère pour ces constructions fait gagner beaucoup de temps et pas mal de sueur.
L'avalanche de la Grande Gorge avait fait, par effet induit, un mort supplémentaire dont on ne parle jamais. Le chauffeur de la pelle mécanique qui a réalisé les banquettes. Au dernier jour de ces travaux, alors qu'il revenait dans la station, ce chauffeur hors pair de bulldozer s'est retourné en glissant sur une terre gelée. Il n'a malheuresement pas survécu à cet accident.

Benoit Launay